Maîtrise de la croissance démographique au Burkina : Une politique nationale en gestation

La prise en compte des questions de population dans les stratégies de développement et de lutte contre la pauvreté est considérée comme une condition sine qua non pour un développement durable. Le Burkina Faso, conscient de cette réalité, a entrepris depuis 2009, la révision de sa Politique nationale de population (PNP), afin de mieux répondre aux besoins d’une population en forte croissance. Le processus qui sera bientôt achevé a été inclusif, participatif et original.

Bientôt le Burkina va disposer d’une nouvelle Politique nationale de population (PNP). L’avant-projet de cette politique est déjà finalisé. Il ne reste que son adoption. L’objectif de la nouvelle politique est de contribuer à une meilleure qualité de vie des populations avec pour cible, la maîtrise de la croissance démographique.

Ceci afin d’assurer un développement humain durable. Pour mémoire, la population burkinabè qui était estimée à 4 349 000 habitants en 1960-61 est passée à 14 017 262 habitants en 2006. Ce qui signifie que des Indépendances au recensement de 2006, la population a plus que triplée. Afin d’assurer une maîtrise de cette croissance démographique, plusieurs objectifs sont à atteindre.

En effet, cela suppose la réduction du nombre moyen d’enfants par femme (6,2 en 2006), l’augmentation de la prévalence contraceptive, la baisse de la mortalité infantile (91,7 pour mille en 2006) et l’accroissement de l’espérance de vie à la naissance (57 ans en 2006). Cette PNP se propose de promouvoir la gestion cohérente, efficace, intégrée et concertée de la migration en vue d’optimiser son impact sur le développement. Pour atteindre les objectifs qui lui sont assignés, des axes stratégiques ont été identifiés.

Ainsi, un accent particulier sera mis sur la santé, notamment la promotion des services de santé de la reproduction et de la planification familiale, l’IEC/plaidoyer sur les questions de population, la promotion de la prise en compte des questions de population dans les politiques, programmes, projets et plans de développement, la contribution à la mise en œuvre d’une politique de migration et le renforcement des capacités nationales de coordination et de veille sur les questions de population. En rappel, le Burkina a adopté sa première politique nationale de population en 1991.

Cette politique a été révisée en 2000 pour tenir compte des facteurs socioculturels et économiques du moment et surtout pour assurer la prise en compte des objectifs de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) de 1994. La révision en cours de la PNP s’appuie fondamentalement sur les résultats du Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH) de 2006 où le taux moyen d’accroissement de la population est de 3,1%. Ce qui induit de nouveaux enjeux en termes de besoins à satisfaire.

Avec ce taux, ce sont 450 000 individus qui viennent chaque année s’ajouter à la population. A ce rythme, la population du Burkina Faso va doubler en 2029, pour atteindre 28 millions d’habitants. Cette croissance démographique va nécessiter inéluctablement une demande sociale de plus en plus forte dans les secteurs de l’éducation, de la santé, du logement, de l’emploi, du foncier, etc. Selon les économistes, pour amorcer un développement, il faut que le taux de croissance économique soit trois fois plus élevé que celui démographique.

La situation au Burkina Faso est que le pays connaît une croissance économique de 3,4% contre une croissance démographique de 3,1%, cause des profonds déséquilibres. Le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) jadis fondement de la dynamique de développement est en train de se muer en Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) avec des nouvelles orientations.

La PNP se doit donc d’être en phase avec cette nouvelle donne qui se présente comme la feuille de route choisie par le Burkina Faso pour assurer son développement. La PNP de 2000 n’a pas connu un véritable succès du fait de son caractère trop extensif et en embrassant tous les secteurs de développement, s’apparentant ainsi selon certains spécialistes, plus à un plan de développement qu’à une politique de population.

Comme aucune politique n’est immuable, la nouvelle PNP doit se conformer aux objectifs du moment. C’est ainsi, d’ailleurs autant d’arguments qui militent en faveur de sa révision. Le projet est conduit par le Secrétariat permanent du conseil national de population (SP/CONAPO) avec l’appui de ses partenaires institutionnels.

Les questions de population étant transversales, les acteurs-clés des différents secteurs d’activités ont pris part à la révision de la PNP. Un comité interministériel constitué des départements ministériels et de certains partenaires techniques et financiers a été mis en place.

Ce comité comprend un comité technique chargé de proposer l’avant-projet de la PNP et un comité de suivi chargé de suivre et d’orienter les travaux de ce comité technique. Le processus d’élaboration de la PNP a commencé par un atelier de cadrage afin d’établir un consensus autour du projet et avoir l’assentiment des différentes parties prenantes.

Par la suite, le projet de document élaboré a été soumis à l’appréciation des membres du comité de suivi ainsi que des acteurs régionaux à travers des ateliers d’amendement et de validation qui ont précédé l’atelier national. Selon Mme la secrétaire permanente, du Conseil national de population, Wato Delphine Barry, l’avant-projet a été envoyé dans les treize (13) régions deux à trois semaines avant les différents ateliers, de telle sorte que les acteurs disposent du maximum de temps pour apporter leurs observations.

Les ateliers régionaux ont connu une participation active des gouverneurs de région, de hauts-commissaires, d’élus locaux, de leaders religieux et coutumiers, et de la société civile locale. Cela a permis de recueillir les différents éléments de consolidation qui ont été intégrés à l’avant-projet de PNP. Zourkaleini Younoussi, enseignant-chercheur à l’Institut supérieur des sciences de la population (ISSP) (Université de Ouagadougou) membre du comité technique de la PNP, soutient que les populations ont pris conscience des questions de population.

Politique nationale au lieu de déclaration

Car, « Les participants ont souhaité que des dispositions soient prises pour une maîtrise de la croissance démographique. Et que tous les programmes et projets de développement puissent prendre en compte le poids démographique.

D’autres ont même proposé que les questions de population soient gérées directement par le Premier ministère ou la Présidence du Faso car ces questions dépassent le cadre d’un ministère », précise-t-il. « Les points de vue des élus locaux et les autres acteurs locaux sont importants parce qu’ils sont identifiés comme des acteurs de mise en œuvre », renchérit Mme la secrétaire permanente du CONAPO. L’UNFPA, la Banque mondiale et le PNUD ont été impliqués sur le plan technique et financier au processus de révision de la PNP allant de l’atelier de cadrage à l’examen et la validation.

Une mission d’appui de l’UNFPA conduite par M. Laurent Assogba du bureau sous-régional de Dakar a pris part à l’examen de la PNP. Il a également eu des séances de travail avec l’équipe technique nationale, a formulé des observations et émis un avis qualitatif sur le projet de PNP. Pour l’expert sous-régional de l’UNFPA, « Le document dans sa structure et contenu est d’un bon niveau et surtout reflète assez bien le caractère complexe des questions de population dont on ne saurait avoir la maîtrise sans une approche systémique et multidimensionnelle ».

La PNP en voie d’adoption

En plus des autres partenaires, l’équipe technique a bénéficié de l’avis de deux experts démographes de la Banque mondiale, Jean Pierre Guengant et John May. Les acteurs-clés étaient unanimes à accepter le qualificatif de politique nationale de population en lieu et place de celui de déclaration. Pour la Secrétaire permanente du CONAPO, au départ, certains ont pensé à une déclaration de politique de population comme c’est le cas pour certains pays de la sous-région et non une politique de population.

« Les partenaires techniques et financiers nous ont donné leur point de vue ; mais avant tout, nous avons estimé que notre politique devait avoir une identité et des orientations propres à la vision d’un Burkina émergent. Nous avons refusé d’adopter une déclaration de politique de population de six à huit pages qui ne sera évoquée que dans des discours. Nous ne sommes plus à des simples déclarations sans mesures rigoureuses de leur mise en œuvre. Notre PNP s’aligne sur les mêmes formats que les politiques nationales et sectorielles existant au Burkina Faso ».

La nouvelle politique nationale de population s’est recentrée sur le noyau dur des questions de population et de développement. Ce noyau dur est constitué des phénomènes démographiques tels que la fécondité, la mortalité et les migrations. Elle veut éviter les erreurs du passé et se donner pour principale mission, la maîtrise de la croissance démographique, différente de la réduction. « Nous ne pouvons pas parler de réduire mais de l’adapter à la situation socioéconomique de notre pays », a indiqué le chef du département politique et programme au SP/CONAPO, Hamadé Sawadogo.

A l’heure actuelle, le document de la PNP a été envoyé à l’UNFPA afin qu’il puisse être soumis aux autres partenaires pour des commentaires qui restent toujours attendus. Ils seront intégrés et le document sera soumis à l’autorité de tutelle pour avis avant introduction en conseil des ministres pour adoption.

« Lorsque nous aurons intégré les commentaires, nous allons soumettre à l’autorité la version définitive en joignant la synthèse des observations du niveau régional, central et celles des PTF », a indiqué Mme la SP/CONAPO. En attendant qu’elle soit adoptée par le conseil des ministres, les acteurs soutiennent que cette PNP est celle qu’il fallait pour un Burkina émergent.

Boureima SANGA_bsanga2003@yahoo.fr/ Sidwaya du 20 Août 2010

La PNP prend largement en compte la CIPD

Depuis 1994, au cours de la Conférence internationale de la population et le développement (CIPD), il a été entre autre retenu que la croissance démographique est influencée et influence tous les secteurs de développement d’un pays.

C’est ainsi qu’au-delà de la disponibilité de services de planification familiale de qualité, la question du statut de la femme, l’accès universel à l’éducation (tenant compte de l’égalité de genre) reste des domaines fondamentaux avec bien d’autres dans la contribution à une baisse tendancielle de la croissance démographique… La PNP a pris en compte ces éléments et en cela elle contribue au respect de ce à quoi les 179 pays du monde se sont engagés en 1994 au Caire.

En effet, du 5 au 13 septembre 1994, la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) rejette l’enfermement dans « uniquement » des objectifs démographiques au profit d’une action visant à satisfaire les besoins des individus en matière d’éducation universelle, de soins de santé sexuelle et reproductive, de connaissance de leurs droits, en tant que voie la plus sûre vers un développement durable.

Les chefs de gouvernement des 179 pays se sont mis d’accord sur un programme d’action de 20 ans appelé « le Consensus du Caire ». Ce programme est basé sur des investissements en faveur des femmes de 21,7 milliards de $ US par an jusqu’à 2015. C’est en cela que la politique nationale genre adoptée en 2009 et la PNP révisée se complète mutuellement.

B.S.

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